| Tags | aphasie, neurologie, |
|---|---|
| Titre original | A systematic review of Phonological Components Analysis therapy studies for aphasia |
| Auteurs | Python, Durand, Masson-Trottier |
| Date de publication | 2025 |
| Revue | Brain Research Bulletin |
| Lien Source | https://doi.org/10.1016/j.brainresbull.2025.111269 |
Introduction et question de recherche
Moins connue que sa copine la SFA (Semantic Feature Analysis), l’analyse des composantes phonologiques reste assez étudiée et utilisée dans la prise en charge de l’anomie en aphasie.
Contrairement à sa copine la SFA qui se base sur les indice et l’analyse des composantes sémantiques du mot (“mais siiii, c’est dans la cuisine, on réchauffe la soupe dedans, ya une poignéeeee”), la thérapie d’analyse des composantes phonologiques se base sur… L’analyse des composantes phonologiques du mot recherché ( ca commence par…, ca rime avec…). Nous l’utilisons toutes mais comme tout dans la vie, si c’est formalisé et étudié, c’est quand même plus sympa.
Doooonc, nos auteurs d’Outre-Atlantique nous font le plaisir d’une petite revue systématique sur la PCA (Phonological Components Analysis) (alors pardonnez moi langlicisme ya meme pas vraiment de consensus dans les études sur le terme donc je prends des libertés).
On reprend depuis le début parce que je me suis un peu égarée. Les personnes aphasiques (PA) présentent souvent une anomie, avec donc un impact important sur la qualité de vie. Pour récupérer un mot stocké dans le lexique interne, il faudrait à la fois récupérer ses caractéristiques sémantiques et phonologiques. Le manque du mot peut donc être lié à une atteinte du traitement lexico-sémantique ou lexico-phonologique. Du coup selon les patients, la même approche ne sera pas efficace, d’où l’existence des deux cousines: la SFA et l’ACP, il en existe d’autres hein mais actuellement ce sont les plus étudiées et celles sur lesquels les auteurs se penchent.
Alors à priori, les deux approches montrent une certaine efficacité mais les mécanismes à l’origine de ces améliorations sont encore débattus et ce n’est pas parce qu’un patient présente un déficit dans un domaine que la thérapie associée à ce domaine sera la plus efficace. C'est-à-dire qu’un déficit lexico-sémantique ne sera pas forcément amélioré par la SFA. Imaginez notre perplexitude !
Encore une fois pour ceux qui trainent: les prises en charge de l’anomie lexico-sémantiques mobilisent les traits sémantiques du mot cible afin d’activer le réseau conceptuel qui l’entoure. Par exemple, les indices sémantiques peuvent consister en un terme superordonné, un verbe associatif ou une phrase à compléter
Une méthode bien connue consiste à générer, à partir d’une image, six traits sémantiques afin d’augmenter l’activation du mot cible : sa catégorie/groupe, son usage, son action, ses propriétés, sa localisation et une association personnelle. C’est sur ces bases que la thérapie d’Analyse des traits sémantiques (Semantic Feature Analysis, SFA) a été utilisée dans de nombreuses études. Il y a pas mal d’études sur le sujet etune meta-analyse a pu conclure a des tailles d’effet modérés mais une bonne persistance des résultats avec cependant peu de généralisation aux items non testés (pour ceux qui veulent creuser la SFA: Efstratiadou et al., 2018).
Et pour ce qui nous intéresse aujourd’hui. Les traitements de l’anomie fondés sur la phonologie mobilisent les caractéristiques phonologiques du mot cible afin d’augmenter l’activation de sa forme phonologique. En général, les indices phonologiques consistent à fournir le premier phonème du mot cible ou leur fin, de l’échauche orale ou de la rime quoi (en gros, enfin pas que, les orthos sont pleines d’imagination)
L’une des thérapies phonologiques les plus populaires est l’Analyse des composantes phonologiques (Phonological Components Analysis, PCA) un peu calquée sur l’approche SFA. Dans la PCA, cinq traits phonologiques sont utilisés pour activer le mot cible à partir d’une image : le premier phonème, un mot commençant par le même phonème, le dernier phonème, un mot rimant avec la cible et le nombre de syllabes.
Donc voici le déroulé d’un travail PCA sur un mot:
• La personne aphasique (PA) tente de nommer à voix haute l’image présentée sur une feuille de papier ou sur un écran d’ordinateur.
• Que la réponse produite soit correcte ou fausse, la PA tente ensuite de fournir spontanément les cinq traits phonologiques. En cas de difficulté pour l’un des traits, l’orthophoniste propose une liste de max trois réponses, parmi lesquelles la PA doit choisir la bonne, avec un feedback direct de l’ortho.
• La PA tente à nouveau de nommer l’image à voix haute.
• L’orthophoniste fournit un feedback positif ou négatif et nomme également l’image.
• La PA est encouragée à répéter le mot cible.
• L’orthophoniste revoit les cinq traits phonologiques, que la réponse de la PA soit correcte ou incorrecte.
Figurez vous qu’il n’existait encore aucune revue systématique sur la PCA et son efficacité dans le traitement de l’anomie chez les personnes présentant une aphasie post-AVC.
Les auteurs posent donc dans cette étude les question suivantes:
Quelles sont les caractéristiques des études évaluant l’efficacité de la PCA en thérapie de l’anomie, en termes de modalités de traitement et de profils des participants ?
Quel est le niveau de qualité méthodologique des études portant sur l’efficacité de la PCA dans l’aphasie ?
Quels sont les résultats des études sur la PCA concernant les tailles d’effet associées aux gains immédiats pour les items entraînés et non entraînés, ainsi qu’au maintien à long terme des effets du traitement pour les items entraînés ?
Méthodologie (on rentre dans le dur)
Les auteurs ont donc mené une revue systématique en utilisant la methode PRISMA et ils ont meme fait un pré-enregistrement PROSPERO. L’objectif était d’ évaluer l’efficacité de la Phonological Component Analysis (PCA) comme intervention principale chez des adultes aphasiques post-AVC. La recherche systématique s’est faite dans 9 bases de données EBSCOhost (c’est une interface qui regroupe MEDLINE, CINAHL, PsycINFO, ERIC, etc.) + recherche de références jusqu’en novembre 2024. Ont été exclues les approches combinées, les papiers sur les pathologies neurodégénératives, les études de faisabilité et la littérature grise.
Les données récupérées sont les variables détaillées au niveau de l' étude et de leurs participant (profil clinique, paramètres thérapeutiques, performances sur items entraînés/non entraînés, généralisation et maintien) et les données manquantes ont été demandées aux auteurs. Les tailles d’effet ont systématiquement été recalculées pour les items mesurés et leur maintien. Une méta-analyse n’a pas pu être effectuées du fait du faible nombre d’études et leur forte hétérogénéité, les auteurs feront donc une analyse descriptive et des corrélations exploratoires. Maintenant qu’on sait tout cela, nous alors pouvoir passer aux résultats:
Résultats
Au final, treize études ont été incluses dans cette revue systématique. Onze publications portant sur les mêmes participants (mais lol) n’ont pas été incluses comme études primaires mais elles seront toutefois prises en compte dans la section discussion afin d’interpréter les résultats et pour les perspectives futures.
Les auteurs signalent que parfois les critères d’inclusion étaient insuffisamment spécifiés et/ou n’étaient pas systématiquement identifiés comme tels, mais toutes les études ciblaient des personnes présentant une aphasie chronique post-AVC.
La présence d’une aphasie était généralement déterminée à l’aide de batteries standardisées, telles que le Boston Diagnostic Aphasia Examination (BDAE) ou la Western Aphasia Battery (WAB). Quelques études ont utilisé le Boston Naming Test (BNT) pour évaluer l’anomie.
Toutes les études ont administré la PCA individuellement, en présentiel, à l’exception de deux participants qui ont reçu la PCA à distance en raison des contraintes liées à la pandémie. Neuf études ont été menées en anglais, deux en persan, une en suédois (Suède) et une en français. Neuf études ont examiné la PCA sur des noms en utilisant le protocole original ; trois études ont introduit une légère variation du protocole (c.-à-d. lorsque la personne aphasique ne produisait pas de réponse ou donnait une réponse incorrecte pour une composante phonologique, la réponse correcte était fournie sans proposer de choix multiples) et une étude a utilisé à la fois des noms et des verbes. Quatre études ont comparé la PCA à la SFA chez les mêmes individus.
Le dosage de la thérapie variait de 6 à 30 heures au total. L’intensité hebdomadaire allait de 1 à 6 heures. Dans la plupart des études, la PCA était administrée environ trois fois par semaine, lors de séances de 45 à 90 minutes, la majorité durant environ une heure. Le nombre d’items entraînés variait de 20 à 60, parfois répartis en sous-listes entraînées successivement.
Au total, 89 personnes aphasiques (PA) ont été incluses (1 à 18 par étude, moyenne 7, ET 5), dont 32 femmes et 57 hommes. Les participants étaient âgés de 31 à 89 ans. Ils présentaient une aphasie chronique depuis au moins 6 mois post-AVC donc aucun des participants n’étaient en phase aigue. La sévérité de l’aphasie était rapportée pour 75 PA, mais elle était déterminée à l’aide d’échelles différentes selon les études donc difficilement comparables. La majorité des PA présentaient une aphasie de Broca ou une aphasie non fluente Les autres diagnostics comprenaient une aphasie de conduction, une aphasie globale, une aphasie transcorticale mixte, une aphasie de Wernicke, une aphasie transcorticale motrice, une aphasie fluente mixte ou une aphasie non fluente mixte (ca se fait encore ces classifications?)
Sur les 89 participants, il a été possible de recalculer les tailles d’effet pour 85 participants concernant les effets immédiats sur les items entraînés, pour 71 concernant le maintien des effets sur les items entraînés, et pour 59 concernant la généralisation aux items non entraînés.
Les tailles d’effet immédiates pour les items entraînés étaient en moyenne de magnitude moyenne à grande, avec une grande variabilité allant d’effets nuls à des effets très importants. Environ un tiers des participants présentaient des tailles d’effet élevées supérieures à 10,1, tandis qu’un quart montraient des tailles d’effet inférieures à 4,0. Les autres participants présentaient soit des tailles d’effet petites à moyennes entre 4,0 et 7,0, soit des tailles d’effet moyennes à grandes entre 7,0 et 10,1.
Les tailles d’effet liées au maintien des acquis pour les items entraînés étaient en moyenne faibles, avec une variabilité tout aussi large. La moitié des participants présentaient des tailles d’effet inférieures à 4,0, 26,8 % des tailles d’effet petites à moyennes, 14,1 % des tailles d’effet moyennes à grandes, et 12,7 % des tailles d’effet élevées supérieures à 10,1.
Concernant la généralisation aux items non entraînés, les tailles d’effet étaient également faibles en moyenne et très variables. La majorité des participants présentaient des tailles d’effet inférieures à 4,0 ; 15,3 % des tailles d’effet petites à moyennes ; 8,5 % des tailles d’effet moyennes à grandes ; et 13,6 % des tailles d’effet élevées supérieures à 10,1.
Des corrélations significatives ont été observées entre les tailles d’effet des gains immédiats et maintenus pour les items entraînés, ainsi qu’entre les tailles d’effet des gains immédiats sur les items entraînés et non entraînés.
Parmi les 61 participants ayant passé des tests standardisés de dénomination avant et après la PCA, 57 % ont montré des effets de généralisation vers ces mesures normées. Parmi les 18 participants évalués sur des tâches de discours, 44 % ont montré des effets de généralisation en termes de nombre total d’énoncés, de longueur moyenne des énoncés ou de nombre total de concepts principaux.
À l’issue de l’évaluation ROBIS, aucun problème majeur susceptible d’entraîner un risque de biais conséquent n’a été identifié dans cette revue systématique. La majorité des études présentaient une rigueur suffisante et toutes les études éligibles ont été incluses dans la synthèse lorsque les données le permettaient. Le risque global de biais a été estimé comme faible et les résultats de cette revue peuvent être considérés comme fiables.
Discussion:
On se souvient donc que cette revue visait à évaluer la qualité méthodologique des études sur l’efficacité de la PCA, à en résumer les caractéristiques et à en synthétiser les résultats. Treize études ont été incluses (89 personnes aphasiques).
La qualité méthodologique est globalement élevée mais peu d’études ont utilisé des évaluateurs indépendants. Les protocoles sont très hétérogènes, tant pour les profils des participants (temps post-AVC, sévérité/type d’aphasie) que pour les paramètres thérapeutiques (dosage, nombre d’items, mesures de généralisation, etc.). Du coup, c’est dur de tirer des conclusions sur des protocoles aussi différents.
L’efficacité de la PCA sur la dénomination d’items entraînés est comparable à celle rapportée pour la SFA : amélioration immédiate chez la majorité des participants (74 %) et maintien à long terme (55 %). La généralisation aux items non entraînés ou au discours connecté reste limitée (≈ 37–44 %) et le transfert vers la communication quotidienne est modeste (29 %). Encore une fois, comme la SFA, j’ai envie de dire.
Une anomie moins sévère est associée à de meilleurs résultats. La PCA semble utile pour différents sous-types d’anomie.. Les patients avec apraxie de la parole peuvent tirer des bénéfices de la PCA bien que les formes sévères limitent les gains.
Les capacités métaphonologiques et exécutives jouent un rôle : de meilleures fonctions exécutives sont liées à certains gains différés et à la généralisation.
Conclusion
Etant données les limitations citées plus haut, il est difficile pour les auteurs de donner des recommandations cliniques robustes et fiables pour le moment.Concernant la population-cible: le protocole a été administré, le plus souvent à des personnes avec une aphasie type Broca (c’est les auteurs qui utilisent cette classification) mais cela ne veut pas dire que c’est avec ces types de profils que la PCA est la plus efficace car les tailles d’effets étaient comparables quels que soit le type d’aphasie.
La PCA montre les meilleurs résultats avec des anomies moyennes et peu de déficits associés toutes dans la phase chronique de leur anomie (6 mois ou plus)
Le dosage optimal reste en suspens car il ne semble pas qu’un type de dosage présente des résultats supérieurs.
Pour finir, des études supplémentaires sont nécessaires afin de mieux comprendre les ingrédients actifs de la PCA, notamment en la comparant avec d’autres méthodes.
