| Tags | tdl, bilinguisme |
|---|---|
| Titre original | Language gains in 4–6-year-old children with developmental language disorder and the relation with language profile, severity, multilingualism and non-verbal cognition |
| Auteurs | Bruinsma, Wijnen, Gerrits |
| Date de publication | 2022 |
| Revue | International Journal of Language & Communication Disorders |
| Lien Source | https://doi.org/10.1111/1460-6984.12821 |
Tous mes remerciements à Julie qui nous partage généreusement sa fiche de lecture sur cet article passionnant.
Dans leur étude, Bruinsma et al. (2022) s’intéressent à l’évolution langagière de
jeunes enfants présentant un trouble développemental du langage (TDL). Les revues
systématiques disponibles indiquent que les interventions langagières peuvent être
bénéfiques pour les enfants avec TDL. Cependant, ces bénéfices ne sont pas
systématiques : tous les enfants ne progressent pas de la même manière, et les
effets observés ne concernent pas nécessairement tous les domaines du langage.
Un autre point important est l’hétérogénéité des profils. Les enfants avec TDL ne
présentent pas tous les mêmes difficultés : certains rencontrent principalement des
difficultés expressives, d’autres présentent également des difficultés réceptives. Les
domaines atteints peuvent aussi varier : morphosyntaxe, lexique, phonologie et/ou
pragmatique.
Cependant, plusieurs limites demeurent dans la littérature. D’abord, les études
d’intervention rapportent souvent des effets moyens au niveau du groupe, alors que
les cliniciens observent une forte variabilité individuelle. Certains enfants progressent
nettement, tandis que d’autres progressent peu, ce qui rend parfois difficile
l’application directe des résultats de recherche à la pratique clinique quotidienne.
Ensuite, les études incluent fréquemment des échantillons relativement homogènes.
Certains profils pourtant régulièrement rencontrés en clinique sont moins
représentés, notamment les enfants avec des troubles réceptifs-expressifs ou les
enfants multilingues avec TDL. De plus, les connaissances restent également
incomplètes selon les domaines langagiers étudiés. Enfin, les mesures réceptives
sont moins souvent rapportées que les mesures expressives dans les études
d’intervention. Cela limite la compréhension de l’évolution globale du langage, en
particulier chez les enfants qui présentent à la fois des difficultés de compréhension
et d’expression.
Face à ces limites, Bruinsma et al. (2022) adoptent une approche plus proche de la
pratique clinique. Leur objectif est d’observer les gains langagiers de jeunes enfants
(4-5 ans) avec TDL dans leur contexte habituel de scolarisation spécialisée, sur une
année scolaire, plutôt que de mesurer l’effet d’une intervention expérimentale
standardisée.
Les auteurs cherchent aussi à examiner si certaines caractéristiques individuelles
(c’est-à-dire, le profil langagier, la sévérité initiale du trouble, le contexte linguistique
et la cognition non-verbale) permettent d’expliquer une partie de la variabilité
observée entre les enfants.
L’enjeu de l’étude est ainsi de mieux comprendre dans quels domaines les enfants
avec TDL progressent, et si certaines caractéristiques individuelles sont associées
aux gains langagiers observés.
Pour répondre à leurs questions, Bruinsma et al. (2022) ont mené une étude
longitudinale de cohorte. L’objectif était d’observer l’évolution des performances
langagières entre le début et la fin d’une année scolaire, dans un contexte
d’accompagnement habituel.
L’échantillon final comprenait 154 enfants scolarisés dans des écoles spécialisées
pour enfants avec TDL aux Pays-Bas. Les enfants avaient en moyenne 4 ans et 10
mois au début de l’étude. Dix-huit écoles ont participé à l’étude.
Les critères d’inclusion étaient les suivants :
Des scores situés au moins 1,5 écart-type sous la moyenne dans au moins deux domaines langagiers ou un score situé au moins 2 écarts-types sous la moyenne
à un test langagier général standardisé.
Une audition normale, Un QI non verbal d’au moins 70, Des difficultés suffisamment importantes pour limiter leur participation à l’enseignement ordinaire.
Présence des difficultés langagières dans les différentes langues parlées par l’enfant.
Le multilinguisme était défini par le fait qu’au moins un parent ou aidant ait une
langue maternelle autre que le néerlandais et l’utilise à la maison. Les diagnostics
initiaux des enfants multilingues reposaient sur une évaluation multidisciplinaire
tenant compte des différentes langues de l’enfant, souvent avec l’aide d’interprètes.
Tous les enfants bénéficiaient d’un suivi orthophonique à l’école, en individuel et/ou
en petit groupe, et les orthophonistes collaboraient étroitement avec les enseignants.
L’intensité du suivi orthophonique variait selon les enfants. D’après les journaux de
bord des orthophonistes, presque tous les enfants recevaient des séances
individuelles, avec une fréquence moyenne d’environ une séance par semaine. Au
total, en combinant séances individuelles et de groupe, les enfants recevaient en
moyenne 1,8 séance par semaine, soit environ 42 minutes hebdomadaires. Sur une
année scolaire de 40 semaines, cela correspondait en moyenne à 70 séances, avec
une variabilité importante entre les enfants.
Au début et à la fin de l’année scolaire, les performances langagières ont été
mesurées dans quatre domaines : la morphosyntaxe expressive, le vocabulaire
expressif, la compréhension du langage et le vocabulaire réceptif.
Pour analyser les données, les auteurs ont d’abord distingué deux profils : les
enfants avec un trouble réceptif-expressif et les enfants avec un trouble expressif
seul. Ensuite, les auteurs ont comparé les scores obtenus au début et à la fin de
l’année scolaire. Ils ont examiné les changements en scores bruts et en scores
standardisés, afin de distinguer une simple progression développementale d’un
véritable rattrapage par rapport aux attentes pour l’âge. Une amélioration supérieure
à 0,5 écart-type était considérée comme un changement significatif à l’échelle
individuelle.
Enfin, les auteurs ont étudié si les progrès langagiers étaient associés aux quatre
variables d’intérêt : le profil langagier, la sévérité initiale du trouble, le contexte
linguistique et la cognition non verbale.
En début d’année scolaire, les enfants sont globalement plus en difficulté en morphosyntaxe expressive qu’en vocabulaire expressif.
À la fin de l’année scolaire, les enfants progressent significativement en morphosyntaxe expressive et en vocabulaire expressif, mais les gains sont plus
importants en vocabulaire expressif qu’en morphosyntaxe expressive.
Chez les enfants avec trouble réceptif-expressif, les progrès sont significatifs en compréhension du langage, mais pas en vocabulaire réceptif.
Après un an, 10 enfants sur 154, soit environ 6,5 %, obtiennent des scores dans la norme à l’ensemble des tests langagiers utilisés dans l’étude. Ils ne répondent
donc plus aux critères de TDL tels qu’opérationnalisés par les auteurs à partir de
ces scores normés.
Les gains entre le début et la fin de l’année ne diffèrent pas significativement entre les enfants avec trouble expressif seul et ceux avec trouble réceptif-
expressif.
La sévérité initiale est associée aux progrès pour les mesures expressives : plus les scores initiaux sont faibles en morphosyntaxe expressive ou en vocabulaire
expressif, plus les gains observés sont importants. En revanche, cette relation
n’est pas retrouvée pour les mesures réceptives.
Les auteurs n’observent pas de différence générale de gains entre enfants monolingues et multilingues, sauf pour le vocabulaire expressif. Dans ce
domaine, les enfants multilingues avec trouble réceptif-expressif progressent
davantage que les enfants monolingues avec trouble réceptif-expressif.
Les scores de cognition non verbale sont positivement corrélés aux scores langagiers initiaux : les enfants ayant de meilleurs scores de cognition non
verbale tendent aussi à avoir de meilleurs scores langagiers au début de l’étude.
En revanche, la cognition non verbale n’est pas significativement corrélée aux
gains langagiers entre le début et la fin de l’année scolaire.
Les résultats de Bruinsma et al. (2022) montrent d’abord que les enfants avec TDL
peuvent progresser entre 4 et 6 ans, y compris lorsqu’ils présentent des difficultés
langagières sévères. L’augmentation des scores bruts rejoint les résultats d’études
antérieures montrant que les enfants avec TDL continuent à développer leurs
compétences langagières au fil du temps.
Cependant, l’étude va plus loin, car les auteurs observent aussi une amélioration des
scores standardisés. Cela suggère que certains enfants ne font pas seulement des
progrès développementaux attendus avec l’âge, mais qu’ils réduisent partiellement
l’écart avec les enfants tout-venant. Ce résultat nuance les études longitudinales qui
décrivent plutôt des trajectoires langagières relativement stables après l’entrée à
l’école.
Un point central concerne la morphosyntaxe expressive. Même si les enfants
progressent dans ce domaine, leurs gains restent plus faibles que pour le
vocabulaire expressif et la compréhension du langage. Ce résultat confirme les
travaux antérieurs décrivant les difficultés morphosyntaxiques comme
particulièrement persistantes dans le TDL. Il suggère aussi que les progrès observés
dans d’autres domaines du langage ne se transfèrent pas automatiquement vers la
morphosyntaxe.
Les auteurs soulignent également que les résultats peuvent varier fortement selon le
domaine langagier évalué. Cela peut expliquer certaines différences entre les études
d’intervention, notamment lorsque les chercheurs utilisent des scores composites
regroupant plusieurs domaines. Par exemple, mélanger vocabulaire et
morphosyntaxe dans un même score global risque de masquer des progrès en
vocabulaire, tout en donnant une image moins précise des difficultés persistantes en
morphosyntaxe.
Concernant le profil langagier, les enfants avec trouble expressif seul et ceux avec
trouble réceptif-expressif ne diffèrent pas significativement dans leurs gains
expressifs. Ce résultat nuance l’idée selon laquelle la présence de difficultés
réceptives serait nécessairement associée à un moins bon pronostic langagier. Il
apporte donc des données nouvelles, car peu d’études avaient comparé directement
ces deux profils, et les mesures réceptives sont souvent peu représentées dans la
littérature.
La sévérité initiale du trouble est associée aux progrès expressifs : les enfants avec
les scores de départ les plus faibles progressent davantage en morphosyntaxe
expressive et en vocabulaire expressif. Ce résultat ne va pas dans le sens d’un effet
Matthieu, selon lequel les enfants les plus en difficulté creuseraient davantage leur
écart avec les autres au fil du temps. Les auteurs restent toutefois prudents : ces
gains plus importants pourraient aussi s’expliquer en partie par une plus grande
marge de progression chez les enfants les plus sévèrement atteints.
Les résultats concernant les enfants multilingues sont également intéressants. Les
enfants multilingues présentent des scores initiaux plus faibles que les enfants
monolingues, ce qui rejoint certaines observations antérieures indiquant que les
enfants multilingues orientés vers des services spécialisés présentent souvent des
difficultés plus sévères. En revanche, ils ne progressent pas moins que les enfants
monolingues. Au contraire, les enfants multilingues avec trouble réceptif-expressif
progressent davantage en vocabulaire expressif. Cette progression ne
s’accompagne toutefois pas d’un gain plus important en compréhension du langage
ou en vocabulaire réceptif.
Enfin, les résultats ne montrent pas de relation entre la cognition non verbale et les
gains langagiers. Même si les scores de cognition non verbale sont corrélés aux
performances langagières initiales, ils ne prédisent pas l’évolution entre le début et la
fin de l’année scolaire. Ce résultat rejoint plusieurs travaux remettant en question
l’utilisation de la cognition non verbale comme indicateur central du pronostic
langagier dans le TDL.
Dans l’ensemble, cette étude montre donc que les enfants avec TDL peuvent
progresser sur une année scolaire, mais que ces progrès varient fortement selon les
domaines du langage et selon les enfants. Le résultat le plus marquant reste
probablement la faiblesse relative des gains en morphosyntaxe expressive, qui
confirme le caractère particulièrement persistant de ce domaine dans le TDL.
Je retiens que les enfants avec TDL peuvent progresser, même lorsqu’ils présentent des difficultés sévères au départ.
Je ne peux pas prédire trop vite qu’un enfant progressera peu parce qu’il est multilingue, parce qu’il a aussi des difficultés réceptives, ou parce que son score
de cognition non verbale est plus faible.
Je retiens que tous les domaines du langage n’évoluent pas de la même manière. Dans cette étude, les progrès sont plus marqués en vocabulaire
expressif et en compréhension du langage qu’en morphosyntaxe expressive.
Je reste particulièrement attentive à la morphosyntaxe. C’est le domaine le plus fragile au départ, et celui dans lequel les gains restent les plus limités. Un
enfant peut donc progresser globalement, tout en gardant des difficultés
morphosyntaxiques importantes.
Je fais attention aux scores globaux. Un score composite peut donner une impression générale d’amélioration, mais masquer des profils très différents
selon les domaines langagiers.
Je garde en tête que la cognition non verbale est liée au niveau langagier initial, mais pas aux gains observés sur l’année scolaire.
Je privilégie un suivi dans le temps. Un score isolé est utile, mais l’évolution de l’enfant sur plusieurs temps d’évaluation m’apporte une information beaucoup
plus riche.
En bref, cette étude m’invite à rester nuancée : les enfants avec TDL peuvent
progresser, mais pas forcément dans tous les domaines au même rythme. Elle me
rappelle surtout l’importance de suivre les domaines langagiers séparément, de
surveiller finement la morphosyntaxe, et de ne pas fermer trop vite les perspectives
d’évolution à partir du profil initial de l’enfant.
Introduction
Dans leur étude, Bruinsma et al. (2022) s’intéressent à l’évolution langagière de
jeunes enfants présentant un trouble développemental du langage (TDL). Les revues
systématiques disponibles indiquent que les interventions langagières peuvent être
bénéfiques pour les enfants avec TDL. Cependant, ces bénéfices ne sont pas
systématiques : tous les enfants ne progressent pas de la même manière, et les
effets observés ne concernent pas nécessairement tous les domaines du langage.
Un autre point important est l’hétérogénéité des profils. Les enfants avec TDL ne
présentent pas tous les mêmes difficultés : certains rencontrent principalement des
difficultés expressives, d’autres présentent également des difficultés réceptives. Les
domaines atteints peuvent aussi varier : morphosyntaxe, lexique, phonologie et/ou
pragmatique.
Cependant, plusieurs limites demeurent dans la littérature. D’abord, les études
d’intervention rapportent souvent des effets moyens au niveau du groupe, alors que
les cliniciens observent une forte variabilité individuelle. Certains enfants progressent
nettement, tandis que d’autres progressent peu, ce qui rend parfois difficile
l’application directe des résultats de recherche à la pratique clinique quotidienne.
Ensuite, les études incluent fréquemment des échantillons relativement homogènes.
Certains profils pourtant régulièrement rencontrés en clinique sont moins
représentés, notamment les enfants avec des troubles réceptifs-expressifs ou les
enfants multilingues avec TDL. De plus, les connaissances restent également
incomplètes selon les domaines langagiers étudiés. Enfin, les mesures réceptives
sont moins souvent rapportées que les mesures expressives dans les études
d’intervention. Cela limite la compréhension de l’évolution globale du langage, en
particulier chez les enfants qui présentent à la fois des difficultés de compréhension
et d’expression.
Face à ces limites, Bruinsma et al. (2022) adoptent une approche plus proche de la
pratique clinique. Leur objectif est d’observer les gains langagiers de jeunes enfants
(4-5 ans) avec TDL dans leur contexte habituel de scolarisation spécialisée, sur une
année scolaire, plutôt que de mesurer l’effet d’une intervention expérimentale
standardisée.
Les auteurs cherchent aussi à examiner si certaines caractéristiques individuelles
(c’est-à-dire, le profil langagier, la sévérité initiale du trouble, le contexte linguistique
et la cognition non-verbale) permettent d’expliquer une partie de la variabilité
observée entre les enfants.
L’enjeu de l’étude est ainsi de mieux comprendre dans quels domaines les enfants
avec TDL progressent, et si certaines caractéristiques individuelles sont associées
aux gains langagiers observés.
Méthode
Pour répondre à leurs questions, Bruinsma et al. (2022) ont mené une étude
longitudinale de cohorte. L’objectif était d’observer l’évolution des performances
langagières entre le début et la fin d’une année scolaire, dans un contexte
d’accompagnement habituel.
L’échantillon final comprenait 154 enfants scolarisés dans des écoles spécialisées
pour enfants avec TDL aux Pays-Bas. Les enfants avaient en moyenne 4 ans et 10
mois au début de l’étude. Dix-huit écoles ont participé à l’étude.
Les critères d’inclusion étaient les suivants :
à un test langagier général standardisé.
Le multilinguisme était défini par le fait qu’au moins un parent ou aidant ait une
langue maternelle autre que le néerlandais et l’utilise à la maison. Les diagnostics
initiaux des enfants multilingues reposaient sur une évaluation multidisciplinaire
tenant compte des différentes langues de l’enfant, souvent avec l’aide d’interprètes.
Tous les enfants bénéficiaient d’un suivi orthophonique à l’école, en individuel et/ou
en petit groupe, et les orthophonistes collaboraient étroitement avec les enseignants.
L’intensité du suivi orthophonique variait selon les enfants. D’après les journaux de
bord des orthophonistes, presque tous les enfants recevaient des séances
individuelles, avec une fréquence moyenne d’environ une séance par semaine. Au
total, en combinant séances individuelles et de groupe, les enfants recevaient en
moyenne 1,8 séance par semaine, soit environ 42 minutes hebdomadaires. Sur une
année scolaire de 40 semaines, cela correspondait en moyenne à 70 séances, avec
une variabilité importante entre les enfants.
Au début et à la fin de l’année scolaire, les performances langagières ont été
mesurées dans quatre domaines : la morphosyntaxe expressive, le vocabulaire
expressif, la compréhension du langage et le vocabulaire réceptif.
Pour analyser les données, les auteurs ont d’abord distingué deux profils : les
enfants avec un trouble réceptif-expressif et les enfants avec un trouble expressif
seul. Ensuite, les auteurs ont comparé les scores obtenus au début et à la fin de
l’année scolaire. Ils ont examiné les changements en scores bruts et en scores
standardisés, afin de distinguer une simple progression développementale d’un
véritable rattrapage par rapport aux attentes pour l’âge. Une amélioration supérieure
à 0,5 écart-type était considérée comme un changement significatif à l’échelle
individuelle.
Enfin, les auteurs ont étudié si les progrès langagiers étaient associés aux quatre
variables d’intérêt : le profil langagier, la sévérité initiale du trouble, le contexte
linguistique et la cognition non verbale.
Résultats globaux
importants en vocabulaire expressif qu’en morphosyntaxe expressive.
donc plus aux critères de TDL tels qu’opérationnalisés par les auteurs à partir de
ces scores normés.
expressif.
expressif, plus les gains observés sont importants. En revanche, cette relation
n’est pas retrouvée pour les mesures réceptives.
domaine, les enfants multilingues avec trouble réceptif-expressif progressent
davantage que les enfants monolingues avec trouble réceptif-expressif.
verbale tendent aussi à avoir de meilleurs scores langagiers au début de l’étude.
En revanche, la cognition non verbale n’est pas significativement corrélée aux
gains langagiers entre le début et la fin de l’année scolaire.
Discussion
Les résultats de Bruinsma et al. (2022) montrent d’abord que les enfants avec TDL
peuvent progresser entre 4 et 6 ans, y compris lorsqu’ils présentent des difficultés
langagières sévères. L’augmentation des scores bruts rejoint les résultats d’études
antérieures montrant que les enfants avec TDL continuent à développer leurs
compétences langagières au fil du temps.
Cependant, l’étude va plus loin, car les auteurs observent aussi une amélioration des
scores standardisés. Cela suggère que certains enfants ne font pas seulement des
progrès développementaux attendus avec l’âge, mais qu’ils réduisent partiellement
l’écart avec les enfants tout-venant. Ce résultat nuance les études longitudinales qui
décrivent plutôt des trajectoires langagières relativement stables après l’entrée à
l’école.
Un point central concerne la morphosyntaxe expressive. Même si les enfants
progressent dans ce domaine, leurs gains restent plus faibles que pour le
vocabulaire expressif et la compréhension du langage. Ce résultat confirme les
travaux antérieurs décrivant les difficultés morphosyntaxiques comme
particulièrement persistantes dans le TDL. Il suggère aussi que les progrès observés
dans d’autres domaines du langage ne se transfèrent pas automatiquement vers la
morphosyntaxe.
Les auteurs soulignent également que les résultats peuvent varier fortement selon le
domaine langagier évalué. Cela peut expliquer certaines différences entre les études
d’intervention, notamment lorsque les chercheurs utilisent des scores composites
regroupant plusieurs domaines. Par exemple, mélanger vocabulaire et
morphosyntaxe dans un même score global risque de masquer des progrès en
vocabulaire, tout en donnant une image moins précise des difficultés persistantes en
morphosyntaxe.
Concernant le profil langagier, les enfants avec trouble expressif seul et ceux avec
trouble réceptif-expressif ne diffèrent pas significativement dans leurs gains
expressifs. Ce résultat nuance l’idée selon laquelle la présence de difficultés
réceptives serait nécessairement associée à un moins bon pronostic langagier. Il
apporte donc des données nouvelles, car peu d’études avaient comparé directement
ces deux profils, et les mesures réceptives sont souvent peu représentées dans la
littérature.
La sévérité initiale du trouble est associée aux progrès expressifs : les enfants avec
les scores de départ les plus faibles progressent davantage en morphosyntaxe
expressive et en vocabulaire expressif. Ce résultat ne va pas dans le sens d’un effet
Matthieu, selon lequel les enfants les plus en difficulté creuseraient davantage leur
écart avec les autres au fil du temps. Les auteurs restent toutefois prudents : ces
gains plus importants pourraient aussi s’expliquer en partie par une plus grande
marge de progression chez les enfants les plus sévèrement atteints.
Les résultats concernant les enfants multilingues sont également intéressants. Les
enfants multilingues présentent des scores initiaux plus faibles que les enfants
monolingues, ce qui rejoint certaines observations antérieures indiquant que les
enfants multilingues orientés vers des services spécialisés présentent souvent des
difficultés plus sévères. En revanche, ils ne progressent pas moins que les enfants
monolingues. Au contraire, les enfants multilingues avec trouble réceptif-expressif
progressent davantage en vocabulaire expressif. Cette progression ne
s’accompagne toutefois pas d’un gain plus important en compréhension du langage
ou en vocabulaire réceptif.
Enfin, les résultats ne montrent pas de relation entre la cognition non verbale et les
gains langagiers. Même si les scores de cognition non verbale sont corrélés aux
performances langagières initiales, ils ne prédisent pas l’évolution entre le début et la
fin de l’année scolaire. Ce résultat rejoint plusieurs travaux remettant en question
l’utilisation de la cognition non verbale comme indicateur central du pronostic
langagier dans le TDL.
Dans l’ensemble, cette étude montre donc que les enfants avec TDL peuvent
progresser sur une année scolaire, mais que ces progrès varient fortement selon les
domaines du langage et selon les enfants. Le résultat le plus marquant reste
probablement la faiblesse relative des gains en morphosyntaxe expressive, qui
confirme le caractère particulièrement persistant de ce domaine dans le TDL.
Qu’en retirer pour ma pratique ?
de cognition non verbale est plus faible.
expressif et en compréhension du langage qu’en morphosyntaxe expressive.
enfant peut donc progresser globalement, tout en gardant des difficultés
morphosyntaxiques importantes.
selon les domaines langagiers.
plus riche.
Conclusion
En bref, cette étude m’invite à rester nuancée : les enfants avec TDL peuvent
progresser, mais pas forcément dans tous les domaines au même rythme. Elle me
rappelle surtout l’importance de suivre les domaines langagiers séparément, de
surveiller finement la morphosyntaxe, et de ne pas fermer trop vite les perspectives
d’évolution à partir du profil initial de l’enfant.
